Les paradoxes

Comme tout le monde, j’en ai plein.

Il y en a toutefois un que je n’avais pas vu venir.

Je me rappelle de ces filles qui « tombaient enceinte du premier coup » et qui s’en plaignaient autour de moi. « C’est allé trop vite », « je n’étais pas prête »… Je grinçais des dents/les insultais intérieurement/me retenais de les étrangler. Comment pouvaient-elles ne pas apprécier leur chance?? Si elles savaient… La souffrance de l’attente, la peur de ne jamais devenir mère, les rendez-vous médicaux où on a l’impression que rien n’avance, les rendez-vous où on cherche, ceux où on trouve, ceux où on ne sait plus si c’est une bonne nouvelle d’avoir trouvé ou non… Je trouvais la vie profondément injuste, je leur en voulais de ne pas réaliser leur chance.

Il y a aussi cette copine qui ne s’en plaignait pas, mais qui en parlait tout le temps… « tu sais pour A, ça a marché tout de suite, alors je ne peux pas comprendre ce que c’est d’attendre. » Vraiment, elle insistait. Pas méchamment, mais j’avais quand même envie de lui dire que c’est bon, on avait compris qu’elle était très fertile, merci bien. Elle est d’ailleurs enceinte de son deuxième, et, devinez quoi… « Oui, ça a encore marché du premier coup. Je sais, c’est dégueulasse ». Et boum, prends toi ça dans la face. Elle s’adresse à moi, elle sait très bien que nous avons mis du temps avant de concevoir la Merveille… Sur le coup, sa remarque m’a fait l’effet d’un coup de poing dans le ventre.

Bref, JAMAIS je n’aurais pensé me retrouver dans la situation d’une « C1 ». Sincèrement. J’ai bien vu qu’après l’accouchement, des cycles normaux étaient revenus, mais ma gynécologue m’avait bien dit que ça ne voulait pas forcément dire que c’en était fini avec les ovaires polykistiques, et que d’ailleurs « il y a encore du monde là dedans » (c’est à dire que mes ovaires sont remplis de follicules qui n’arrivent pas forcément à maturation. Et s’ils le font, ça ne veut pas dire que l’ovulation est de qualité). Nous espérions forcément qu’un bébé s’installerait plus vite que la Merveille, mais je me disais qu’au mieux, avec miracle, invocations vaudoues, et coup de chance inouï, on pouvait compter sur au minimum trois cycles avant de voir un + apparaître… D’où des essais tôt après la naissance de la Merveille. Je me disais qu’un écart de deux ans, c’était pas mal, un peu plus, un peu moins…

Et puis. La vie. Qui ne nous laisse rien prévoir, rien anticiper. Je ne serai bien-sûr rassurée sur cette grossesse qu’après l’échographie du premier trimestre, mais, pour le moment, on peut dire que je suis une C1. Et d’un coup, j’ai compris. J’ai ressenti moi aussi ces sentiments de « oulala, mais je n’avais pas prévu ça comme ça. C’est rapide. Très rapide. (Trop rapide?) ». J’ai paniqué… Comment gérer deux enfants de 18 mois d’écart? Allons-nous y arriver? Je me pose d’ailleurs encore la question. J’ai calculé : c’est prévu pour début août. Alors OUI, je sais que le luxe de choisir le mois de naissance, c’est n’importe quoi, mais je m’étais toujours dit que les « pires » (entendons-nous bien, mieux vaut naître dans tous les cas) mois de naissance, ce sont janvier et juillet-août. Bingo. Et il y a les calculs beaucoup plus terre à terre : financièrement, est-ce que ça ne va pas trop être galère? Allons-nous tous tenir dans notre appartement parisien? (des questions que j’aurais pu me poser avant, certes).

J’ai aussi peur du jugement des gens, même si je sais très bien que je ne devrais pas. Un écart de deux ans est socialement acceptable. Un écart de 18 mois, tout le monde se demande si c’est « un accident », y va de son petit « oh mes pauvres, ça va être galère ». Je ne suis pas confrontée pour le moment à ce genre de remarques, mais je sais que dès que la grossesse sera officielle, chacun ira de son petit commentaire.

Je suis bien sûr, aussi, très heureuse. De porter la vie à nouveau. De pouvoir passer à autre chose, alors que je n’arrivais pas à faire le deuil de ma fertilité (j’avais très très peur de ne pas arriver à tomber enceinte pour un deuxième, alors que la première grossesse me paraissait déjà miraculeuse). De me dire que mes enfants pourront avoir une complicité immense en raison de leurs âges rapprochés. De me dire que j’ai une chance extraordinaire.

Mais les autres émotions, que je ne peux m’empêcher de ressentir, parce que je suis simplement humaine, restent quand même en toile de fond.

Je me dis que je suis devenue la pét***** d’autres, voire la grosse pét**** (genre la meuf infertile qui a DEUX grossesses miracle.) Je l’aurais détestée direct.

Pétrie de paradoxes, en v’la un de plus donc.

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