Je ne te dis pas merci Chantal…

En ce moment, ma nounou est en vacances. Je garde donc la Merveille, et les journées sont parfois un peu longues… Me voilà en train de mater les Maternelles, spéciale « Avoir deux enfants rapprochés » (eh eh tu la sens l’ironie de l’infertile qui regarde des émissions qui ont genre 0,001% de chances de la concerner un jour. Il faut croire que 1) l’espoir fait vivre ou 2) j’aime souffrir (ou les deux à la fois)).

– D’ailleurs en passant, avoir deux enfants rapprochés, apparemment c’est l’HORREUR ABSOLUE, tous les parents à qui ça arrive meurent-dans-d’atroces-souffrances-après-avoir-divorcé-trois-fois-et-perdu-un-million-d’heures-de-sommeil. Si tu es enceinte de ton deuxième rapproché ne regarde pas cette émission si tu ne veux pas te pendre dans la demi-heure suivant le visionnage. Ben malgré ça, j’en rêve quand même un peu. Rapport à mon envie de 12 enfants. Oui je suis une infertile réaliste. –

Bref, rien dans cette émission ne laissait particulièrement présager qu’on allait parler de comment avoir des enfants abîme (ah non on me dit dans l’oreillette que le mot est « sublime ») le corps de la femme. (Chère nullipare qui passe par là, je te conseille d’arrêter ta lecture ICI. Pour les autres, allez-y, apparemment on est foutues de toute façon). Mais d’un coup, Chantal Birman, l’Invitée et la Spécialiste (elle a écrit des bouquins pour décrire comment l’accouchement c’est beau et fingers in ze noze. Pendant ledit accouchement, moi je lui aurais bien fait bouffer son bouquin à Chantal) laisse échapper nonchalamment « il ne faut pas se leurrer Mesdames, après avoir eu des enfants votre vagin ne sera plus jamais le même ».  KE-WAH?

Moi Chantal, j’ai fait toute la rééducation du périnée bien comme il faut. Ma sage femme à moi elle m’avait dit « meuh oui ça va revenir comme avant Madame, ne vous inquiétez pas » (rapport à la délicate remarque de mon mari après avoir repris les rapports  : « ah ben on sent qu’un bébé est passé par là »)). Moi je pensais avoir retrouvé mon vagin de jeune fille, tout tonique et tout. Genre que j’étais redevenue une déesse au lit. Eh ben non, Chantal a brisé tous mes rêves. Comme ça, en passant. (Et mon mari, après que je lui ais fait la tronche pendant 2 mois pour sa délicate remarque, m’a donc menti en me disant « nan mais si là c’est comme avant promis! »). Je ne te dis pas merci Chantal, non vraiment pas.

Mais bon, foutu pour foutu, j’en referais bien un autre de bébé quand même.

Je crois que j’ai définitivement pas compris le message principal de l’émission.

 

Ça ne m’enlève rien pourtant…

Remettons les choses à leur place : Je suis devenue maman, j’ai un bébé dans les bras. Un bébé magnifique (en toute objectivité bien sûr), un bébé souriant, un bébé en pleine santé. Un bébé dont tout le monde dit qu’il est facile et doux. Un bébé parfait (l’objectivité se manifeste à nouveau) qui me rend chaque jour un peu plus heureuse.

Cet enfant a été attendu un an. Un an, c’est long. Mais un an, c’est court aussi, j’en suis consciente. Même s’il me faut me le rappeler souvent. A croire que je suis entourée de nanas supra fertiles. De celles qui écarquillent les yeux quand je parle de notre attente. De nullipares dont je vois l’inquiétude quand je parle de cette année en suspens. Mais je sais que l’attente peut être beaucoup, beaucoup plus longue et difficile. Après tout, je suis une « Stim -1 » (tombée enceinte juste avant de commencer le protocole pour les stimulations ovariennes), de celles dont on lit les histoires sur les forums (ne jamais aller sur les forums) en se disant que ça n’arrive jamais en « vrai ». De celles qui malgré leur infertilité ont eu une chance insolente.

Pourtant, quand on m’annonce une grossesse ou une naissance, mon cœur se serre. Toujours. Je me mets à calculer « ils se sont mariés en juillet 2016, leur fils est né en juillet 2018, elle a attendu combien de temps pour tomber enceinte? ». Souvent la réponse est « moins que moi ». Et ça me fait râler intérieurement. Mais pourquoi? Je ne peux souhaiter ce qui nous est arrivé à personne. Et ça ne m’enlève rien. Ça ne change rien au fait que mon petit bébé est bien là, avec moi. Alors pourquoi ce sentiment? Est ce parce que je n’ai pas fait le « deuil » de notre fertilité? Du fait que je ne serais jamais une C1, que ce ne sera pas « facile » et anodin de tomber enceinte? Ou un sentiment plus mesquin, une partie de moi qui se révèle même si j’aimerais bien l’ignorer? Je ne sais pas.

Mais le sentiment est là, à chaque fois. En particulier quand je sais que l’enfant est venu s’installer tout de suite, ou que l’annonce est précoce (non mais QUI annonce sa grossesse à 3 semaines?…plein de gens apparemment…)

Et ça ne m’enlève rien, pourtant…