Le corps

Un jour, quelqu’un m’a dit : « Tu n’es pas très bienveillante avec ton corps ». Sur le coup, je n’ai pas vraiment compris. Je n’étais pas vraiment d’accord. Je suis exigeante, contrôlante, oui, mais « pas bienveillante », j’avais l’impression que je n’en étais (quand même) pas là.

Mais en y réfléchissant bien, c’était vrai. C’est toujours vrai d’ailleurs, même si en prendre conscience m’a donné envie d’y remédier.

A la sortie de l’adolescence, je voulais qu’il reste mince. Très mince. Quelques mois de malbouffe qui avaient entraîné (pas mal, il faut le dire) de kilos en « trop », selon mes critères, ont été suivi de plusieurs années où j’étais au bord de l’anorexie, où je contrôlais tout ce que j’avalais, où je comptais les calories… Encore aujourd’hui, même si j’ai lâché beaucoup de lest, je n’aime pas me sentir « trop grosse ». Entendez deux kilos au dessus du poids que j’estime être le bon.

Et puis il y a eu l’infertilité. Comme j’ai détesté mon corps. Qui n’était pas apte à procréer. Qui n’était pas « capable ». J’avais l’impression d’être cassée. Ces considérations m’ont touchée au plus profond de ma féminité. Ne pas être capable de porter un enfant, n’était-ce pas l’aveu de l’échec de ma féminité? Et puis, mon corps était cruel (ou alors était-ce mon esprit?) : tous les mois, j’avais des symptômes. Qui montraient que, peut-être… Et puis, non, mes règles revenaient (ou pas d’ailleurs, elles faisaient comme bon leur semblait). Et je ne portais pas la vie. Mon corps n’en était pas capable.

J’ai mis du temps à accepter qu’il le soit, d’ailleurs. J’avais tellement peur qu’il me trahisse, que tout s’arrête. Ce corps qui était sympa, qui m’a épargné tous les symptômes de grossesse, je lui en voulais. Je n’avais pas la preuve que j’étais enceinte. Pas de nausées, pas fatiguée, rien. C’était trop beau pour y croire, alors je n’y croyais pas.

Et puis mon ventre a commencé à s’arrondir. Ça non plus, paradoxalement, je n’ai pas aimé. Je trouve pourtant les femmes enceintes très belles. Mais je trouvais que ça ne m’allait pas, à moi. Mon corps changeait trop vite, je n’avais pas le temps de m’y habituer qu’il s’arrondissait déjà un peu plus. J’avais du mal à regarder ma silhouette dans le miroir. J’ai d’ailleurs très peu de photos de ces mois où mon ventre était rond. Je regrette, maintenant, j’ai presque l’impression que ces neuf mois étaient un rêve, déjà flou, si flou…

J’ai détesté mon corps, aussi, après mon accouchement. Je n’acceptais tout simplement pas qu’il soit fatigué, qu’il lui faille du temps pour se remettre de cet événement. Je me sentais si faible, si fragile, si peu apte à reprendre ma vie d’avant. Je m’imaginais que ce ne serait jamais le cas. Je n’acceptais pas que ça prenne du temps, plus qu’une semaine, plus qu’un mois, pour que tout revienne en ordre. J’ai donc très mal vécu la période « suite de couches ». Plus rien n’allait, plus rien ne « fonctionnait ». Et puis, petit à petit, tout s’est remis en place.

Et pourtant. Je dois aussi le remercier.

Il a porté la vie, et de la plus douce des façons. Ma grossesse a été idéale du début à la fin. J’étais en forme et mobile jusqu’au bout, je n’ai ressenti aucune contraction avant le début de mon accouchement, je n’ai pas eu de frayeurs pendant ma grossesse. Il a donné la vie aussi, à la plus jolie des petites filles (objectivité, quand tu nous tiens!). En bonne santé. C’est une telle chance, qu’on oublie parfois de savourer. Mais on croise des chemins dans lesquels la vie, plus cruelle, n’a été aussi généreuse. Et on serre son bébé un peu plus fort contre soi.

Ma silhouette d’antan et revenue très vite après mon accouchement, et sans efforts (ne me lynchez pas!). Je suis même un peu plus mince qu’avant ma grossesse. Ça peut paraître futile, mais c’était un point qui me faisait très peur. Vu mon niveau d’exigence avec moi-même, je sentais bien qu’il me serait difficile d’accepter quelques kilos à perdre pendant plus d’un mois ou deux  après l’accouchement.

Mais surtout, il est là, il est moi. Il me suit depuis plus de 29 ans fidèlement. Il dysfonctionne un peu, certes, mais je crois que c’est le cas pour tout le monde, non?

Je voudrais lui dire merci, mais, déjà, je veux aussi lui en demander plus…

 

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On en a jamais assez

Nous sommes dans le train. Je les regarde tous les deux, mon mari, endormi très droit dans son fauteuil, et ma fille vautrée sur mes genoux, qui suce très fort sa tétine dès que le train vibre un peu fort. Je les regarde et je me dis que le bonheur est là, avec eux.

Et pourtant on veut toujours plus…

Depuis la naissance de ma fille, depuis la grossesse même, je pense à ce deuxième enfant. Une envie lancinante, presque irrationnelle (mais l’envie d’un enfant est elle jamais rationnelle?) d’avoir un autre bébé dans mes bras, de revivre tous ces premiers moments et toutes ces découvertes. Pourtant je suis devenue maman, j’avais si peur que ça n’arrive jamais… Quelle est la légitimité pour ce désir fou d’un second enfant, alors que je sais à quel point certaines femmes en voudraient un, au moins un…?

Pourquoi ne pas me contenter du bonheur que j’ai, là, présent, sous mes yeux? Est ce que je ne vais pas tout gâcher? Me rendre à nouveau malheureuse parce que « ça ne marche pas », parce que l’attente sera peut être plus longue cette fois ci? Je me disais qu’elle serait nécessairement plus douce, et dans un sens, oui, elle le sera, je n’ai plus peur de ne jamais devenir maman. Mais je me connais. Je sais que l’impatience, l’envie de contrôler, l’anxiété vont aussi revenir au galop.

Et ma fille est encore si petite… Nous avons décidé de commencer tôt les essais pour un second, justement pour enlever la pression autour de cela. Mais j’ai peur que ça ne fasse que la déplacer : à partir du moment où nous « essaierons », l’irrationalité de cette envie va sans doute se réinstaller.

On a en jamais assez, et donc, le jour des neuf mois de ma fille, on relance les essais… Prêt, feu, partez?

Je ne te dis pas merci Chantal…

En ce moment, ma nounou est en vacances. Je garde donc la Merveille, et les journées sont parfois un peu longues… Me voilà en train de mater les Maternelles, spéciale « Avoir deux enfants rapprochés » (eh eh tu la sens l’ironie de l’infertile qui regarde des émissions qui ont genre 0,001% de chances de la concerner un jour. Il faut croire que 1) l’espoir fait vivre ou 2) j’aime souffrir (ou les deux à la fois)).

– D’ailleurs en passant, avoir deux enfants rapprochés, apparemment c’est l’HORREUR ABSOLUE, tous les parents à qui ça arrive meurent-dans-d’atroces-souffrances-après-avoir-divorcé-trois-fois-et-perdu-un-million-d’heures-de-sommeil. Si tu es enceinte de ton deuxième rapproché ne regarde pas cette émission si tu ne veux pas te pendre dans la demi-heure suivant le visionnage. Ben malgré ça, j’en rêve quand même un peu. Rapport à mon envie de 12 enfants. Oui je suis une infertile réaliste. –

Bref, rien dans cette émission ne laissait particulièrement présager qu’on allait parler de comment avoir des enfants abîme (ah non on me dit dans l’oreillette que le mot est « sublime ») le corps de la femme. (Chère nullipare qui passe par là, je te conseille d’arrêter ta lecture ICI. Pour les autres, allez-y, apparemment on est foutues de toute façon). Mais d’un coup, Chantal Birman, l’Invitée et la Spécialiste (elle a écrit des bouquins pour décrire comment l’accouchement c’est beau et fingers in ze noze. Pendant ledit accouchement, moi je lui aurais bien fait bouffer son bouquin à Chantal) laisse échapper nonchalamment « il ne faut pas se leurrer Mesdames, après avoir eu des enfants votre vagin ne sera plus jamais le même ».  KE-WAH?

Moi Chantal, j’ai fait toute la rééducation du périnée bien comme il faut. Ma sage femme à moi elle m’avait dit « meuh oui ça va revenir comme avant Madame, ne vous inquiétez pas » (rapport à la délicate remarque de mon mari après avoir repris les rapports  : « ah ben on sent qu’un bébé est passé par là »)). Moi je pensais avoir retrouvé mon vagin de jeune fille, tout tonique et tout. Genre que j’étais redevenue une déesse au lit. Eh ben non, Chantal a brisé tous mes rêves. Comme ça, en passant. (Et mon mari, après que je lui ais fait la tronche pendant 2 mois pour sa délicate remarque, m’a donc menti en me disant « nan mais si là c’est comme avant promis! »). Je ne te dis pas merci Chantal, non vraiment pas.

Mais bon, foutu pour foutu, j’en referais bien un autre de bébé quand même.

Je crois que j’ai définitivement pas compris le message principal de l’émission.

 

Ça ne m’enlève rien pourtant…

Remettons les choses à leur place : Je suis devenue maman, j’ai un bébé dans les bras. Un bébé magnifique (en toute objectivité bien sûr), un bébé souriant, un bébé en pleine santé. Un bébé dont tout le monde dit qu’il est facile et doux. Un bébé parfait (l’objectivité se manifeste à nouveau) qui me rend chaque jour un peu plus heureuse.

Cet enfant a été attendu un an. Un an, c’est long. Mais un an, c’est court aussi, j’en suis consciente. Même s’il me faut me le rappeler souvent. A croire que je suis entourée de nanas supra fertiles. De celles qui écarquillent les yeux quand je parle de notre attente. De nullipares dont je vois l’inquiétude quand je parle de cette année en suspens. Mais je sais que l’attente peut être beaucoup, beaucoup plus longue et difficile. Après tout, je suis une « Stim -1 » (tombée enceinte juste avant de commencer le protocole pour les stimulations ovariennes), de celles dont on lit les histoires sur les forums (ne jamais aller sur les forums) en se disant que ça n’arrive jamais en « vrai ». De celles qui malgré leur infertilité ont eu une chance insolente.

Pourtant, quand on m’annonce une grossesse ou une naissance, mon cœur se serre. Toujours. Je me mets à calculer « ils se sont mariés en juillet 2016, leur fils est né en juillet 2018, elle a attendu combien de temps pour tomber enceinte? ». Souvent la réponse est « moins que moi ». Et ça me fait râler intérieurement. Mais pourquoi? Je ne peux souhaiter ce qui nous est arrivé à personne. Et ça ne m’enlève rien. Ça ne change rien au fait que mon petit bébé est bien là, avec moi. Alors pourquoi ce sentiment? Est ce parce que je n’ai pas fait le « deuil » de notre fertilité? Du fait que je ne serais jamais une C1, que ce ne sera pas « facile » et anodin de tomber enceinte? Ou un sentiment plus mesquin, une partie de moi qui se révèle même si j’aimerais bien l’ignorer? Je ne sais pas.

Mais le sentiment est là, à chaque fois. En particulier quand je sais que l’enfant est venu s’installer tout de suite, ou que l’annonce est précoce (non mais QUI annonce sa grossesse à 3 semaines?…plein de gens apparemment…)

Et ça ne m’enlève rien, pourtant…

Cette fille là

C’était il y a environ trois ans : je me suis rendue au mariage d’amis proches. La mariée était enceinte. C’était un « petit accident », arrivé plus tôt que prévu, mais pour autant pas regretté du tout. Le ventre de la mariée s’arrondissait déjà bien sous sa robe. Elle avait choisi de ne pas en parler aux personnes qu’elle n’avait pas vues depuis sa grossesse, pour leur « faire la surprise » le jour du mariage. Elle m’avait dit redouter la réaction de la cousine de son fiancé, parce que « tu sais, ils essaient de faire un bébé depuis trois ans mais ça ne marche pas ». Jeune innocente, et sans désir d’enfant precis, je m’étais dit que, quand même, cette fille là saurait se réjouir du bonheur de son cousin et de sa femme!

Plus tard, la mariée m’a raconté la réaction de la fameuse cousine  : elle l’a vue, a regardé son ventre, et a tourné les talons. Sans dire bonjour, ni félicitations, ni merde d’ailleurs. a l’écoute de cette histoire, j’étais franchement choquée! Je me disais que cette fille là était quand même très égoïste! Comment ne pas se réjouir du bonheur des autres? Vraiment, cette fille là, ce n’était pas une fille bien.

Et puis. Quelques mois plus tard, mon mari et moi décidions de nous lancer dans les essais bébé. Moi qui avait mis si longtemps à me décider, maintenant que j’avais pris cette décision, j’étais vraiment prête. On s’était jurés qu’on ne se prendrait pas la tête. Qu’on ne compterait pas les jours, qu’on irait pas voir sur Internet, qu’on prendrait le temps. Quelle bonne blague. Avec mon naturel angoissé et contrôlant, je suis devenue obsédée très vite. Et puis pourquoi mes règles ne revenaient pas, hein??! (Alors que je n’étais pas enceinte, ç’aurait été trop beau comme scénario!). Je suis vite retournée chez ma gynéco, qui m’a vite diagnostiqué des ovaires polykystiques. Puis j’ai changé de gynéco, et on m’a aussi diagnostiqué une hypothyroïdie. Il me semble que jamais les médecins ne m’ont dit que ça allait être vraiment compliqué (enfin, on m’a quand même dirigée vers un gynécologue spécialiste de l’infertilité…). Mais j’avais compris, assimilé, intégré que ça ALLAIT être compliqué. Et je trouvais ça tellement injuste! Et les mois filaient, et mon ventre restait vide. Et puis, petit à petit, les annonces de grossesse m’ont fait de plus en plus mal. J’enviais les femmes au ventre rond que je croisais dans la rue. Je me souviens de la première fois, où, vraiment, ça a été difficile. Alors que je me doutais déjà de la grossesse annoncée ce soir là (car j’avais développé un radar à femme enceinte, je savais repérer tous les signes, décrypter toutes les démarches dans la rue), elle m’a fait tellement mal. Je savais que le couple en question s’était lancé dans les essais après nous. Et que, donc, ils y étaient « arrivés » avant nous. Mon mari m’a cherchée du regard, il a posé la main sur ma cuisse quand il a compris mon émotion. Bien-sûr j’ai souri. Bien-sûr j’ai dit « Oh mais félicitations, quelle belle nouvelle! ». Bien-sûr j’ai trinqué aux futurs parents. Mais si vous saviez comme mon cœur était serré. Il paraît que mes yeux sont très expressifs, je ne sais pas s’ils ont réussi à faire la blague ce soir là.

Et puis il y a eu les autres. J’en venais à redouter les mariages, car je savais qu’ils seraient suivis d’annonces de grossesse peu de temps après. Je voyais des femmes enceintes partout dans la rue. Pourquoi est-ce que elles, elles y arrivaient? Pourquoi pas moi? Pourquoi pas nous?

Je n’étais pas comme ça avant, et je ne pensais pas devenir comme ça. Mais je suis devenue aigrie. Blessée. Mauvaise. Et je n’aimais pas du tout. Je me détestais, je me sentais minable. Mais malgré tout, je ne pouvais pas me faire violence. Chaque annonce était comme un coup de poing dans le ventre. Un jour, j’ai repensé à la fameuse « cousine » du mariage de mon amie. Et je la comprenais, tellement. A bien y réfléchir, j’étais  comme elle.

J’étais devenue cette fille là.

Une histoire de légitimité

Il y a un an, j’avais commencé ce blog pour pouvoir partager mon cheminement vers un enfant. Et puis pouf patapouf, 1) je me suis dit qu’il fallait que j’arrête de me fixer sur ce seul et unique but (donc je n’ai rien écrit pendant un mois et j’ai réservé des vacances au bout du monde) 2) au bout dudit mois (enfin un peu moins), j’ai appris que, ô miracle, j’étais enceinte (j’ai donc dû annuler mon voyage au bout du monde, incompatible avec une grossesse. J’ai un peu fait la tronche quand on m’a dit qu’on ne me remboursait pas les frais de réservation. C’est mon côté radin)

Et là, ma légitimité à écrire sur ce sujet s’est complètement envolée. Je venais de devenir une Pregnant Bitch. Qui, certes, n’avait pas des réactions de PB (j’ai vécu en apnée jusqu’à l’écho des 12 SA, me suis effondrée en larmes à la lecture d’un email m’annonçant une grossesse la veille de cette écho des 12SA, ai pleuré lors de l’entretien prénatal « parce que j’ai peur que le cœur ne batte plus » (oui je suis un peu une chialeuse)), mais qui faisait partie de ce club tellement envié. Je n’ai même pas eu de traitements lourds de « vraie » PMA. J’ai juste bouffé des médicaments à n’en plus pouvoir (je suis clairement une mauviette, je n’avais fait encore aucune piqure et je me plaignais de tout ce que je devais avaler), mais franchement, ce n’est pas grand chose comparé aux traitements que subissent beaucoup. Bref, je ne me sentais plus légitime DU TOUT pour continuer ce blog. J’ai quand même écrit un article, bien maladroit d’ailleurs, sur ce que le moi de maintenant (enfin, d’octobre 2017) aurait dit au mois d’avril 2017 (mais par principe quand on attend qu’un enfant s’installe, on ne sait pas, et c’est bien cette incertitude le fond du problème).

Aujourd’hui, je suis devenue maman d’une Merveille (oui, en toute objectivité) depuis maintenant 3 mois et demi. La Merveille est merveilleuse (quoiqu’il lui arrive d’avoir des épisodes relou, mais son père et moi lui pardonnons dans notre grande mansuétude), et je ne me retrouve pas toujours dans les blogs de mamans, souvent (mais pas toujours) insouciantes PB de C1 ou C4, ni dans les blogs PMA, parce que j’ai eu une chance inouïe il y a voilà un an (quand la Merveille a été conçue, sur un malentendu). Mais malgré ce manque criant de légitimitay (en plus, je ne maîtrise absolument pas l’informatique, ce blog sera donc sans doute très moche sur la forme), je me suis dit que j’avais sûrement des choses à dire, pas forcément très intéressantes d’ailleurs, mais au pire, personne ne me lira, mon orgueil en sera un poil piqué et puis c’est tout.

C’est donc sans aucune légitimité que je relance ce blog. Vous aurez été prévenus.

Avec le recul…

Je relis mon tout premier article d’un œil attendri. Et compatissant aussi.

J’avais décidé de me jeter à l’eau, de commencer l’écriture d’un blog pour pouvoir partager ces émotions qui me paraissaient trop lourdes à supporter seule. L’attente d’un enfant, la douleur que cela engendre…

J’ai envie de prendre cette jeune femme dans les bras, et de lui dire que tout va bien se passer. Car oui, tout allait bien se passer. Deux jours, oui seulement deux jours après l’écriture de ce premier article, le miracle s’est installé alors qu’on y croyait plus. Au bout d’un an, presque jour pour jour, après l’arrêt de la pilule, j’étais enfin enceinte. Je mesure à quel point j’ai eu de la chance. Un an d’attente, pour beaucoup, ce n’est rien. Je m’apprêtais à me lancer dans un parcours PMA que j’anticipais déjà long, difficile et douloureux… Et finalement, la vie m’a fait un joli cadeau, m’a préservée de beaucoup d’épreuves… Car je suis tombée enceinte le cycle juste avant de passer aux injections pour stimuler mon ovulation paresseuse. D’ailleurs, j’étais censée même commencer le cycle d’avant, mais la secrétaire de mon super-gynécologue-qui-coûte-une-blinde s’était embrouillée dans les dates, ce qui avait tout fait décaler. Je me rappelle de mon appel, « Ben voilà, je vous appelle pour vous dire que c’est le premier jour de mon cycle ». De sa réponse « Ah mais il faut commencer entre J5 et J10, et ce sont les vacances de Super-Gynécologue-qui-coûte-une-blinde. ». Gloups. Elle m’avait dit, avant de raccrocher « Oui ce sera pour le cycle prochain. Sauf miracle, bien-entendu ». J’avais eu envie de l’étrangler. Puis je m’étais effondrée en pleurs.

Je ne croyais plus aux miracles… Et pourtant…

 

L’histoire du lièvre et de la tortue

C’est finalement une histoire assez banale. On ne peut pas toujours être original.

C’est l’histoire d’un garçon et d’une fille qui s’aiment, qui se regardent dans le blanc des yeux d’un air bête, et qui se disent un jour « Et si on faisait un enfant? »…

C’est l’histoire d’une attente.  D’un couple qui a peu à peu compris qu’il fallait apprendre la patience (parce que, de toute façon, ils n’ont pas le choix).

C’est l’histoire d’un couple qui sourit quand on leur demande « Alors vous c’est pour quand? », mais qui ne répond plus grand chose, parce que ça commence à devenir trop douloureux.

C’est l’histoire d’un couple qui s’est rendu compte que, pour faire un enfant, ils étaient plutôt du genre tortue que lièvre.

Mais, comme disait l’autre, patience et longueur de temps…

(C’est aussi l’histoire d’une fille qui s’est bien rendu compte qu’elle mélange plusieurs fables de Monsieur de La Fontaine. Mais je pense que vous aurez compris)